Wamena : au cœur de la Papouasie sauvage

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Wamena, nichée au cœur de la Papouasie Occidentale (Irian Jaya), est une petite ville de 10 000 habitants issues de tout l’archipel indonésien. Trois groupes distincts constituent la population locale actuelle : les Papous, les Negritos (aussi appelés Pygmées) et les Mélanésiens. Ils partagent de nombreux rites en communs. Leur subsistance est assurée principalement par de petits élevages et la culture de patate douce.

Bien qu’elle soit presque coupée du monde, Wamena est la seule ville des montagnes centrales de la Papouasie qui donne accès à l’ensemble de la vallée et aux différentes ethnies qui y vivent dont certaines à peine sorti de l’âge de pierre. Cette position centrale fait donc d’elle une destination plutôt touristique.

Pourquoi aller à Wamena ?

C’est sur cette île montagneuse que furent découverts dans les années 60 ceux que certains considèrent encore aujourd’hui comme les derniers peuples dits « primitifs » de la planète parce qu’ils restent attachés à un mode de vie archaïque : Les Dani et les Korowaï. Ils dominent les vallées centrales arborant encore des décorations corporelles comme des plumes d’oiseau, des colliers, des peintures mais aussi des étuis péniens, appelés « Koteka ». Ils utilisent encore des outils en pierre et chassent à l’arc. Tu auras compris que dans cette région où le moderne côtoie l’ancien, l’identité et la culture de ces peuples guerriers ont su résister au monde conformiste d’aujourd’hui, envahit par la technologie.

Portrait d’un vieil homme papou portant un étui pénien « Koteka », Wamena. Papouasie occidentale, Indonésie.

Wamena se trouve au beau milieu de la vallée de Baliem, elle-même au milieu de montagnes et forêts encore intactes où aucune route n’y mène ni n’en part… Des lieux où le temps s’est arrêté. Et où, les habitations, les lieux de culte (église, mosquée) et les commerces sont tel un tableau peint sur fond de scène montagneux avec le fleuve Baliem qui vient serpenter dans ce paysage verdoyant.

Commerces de Wamena, Papouasie occidentale, Indonésie.

Comment s’y rendre ?

En raison de sa situation géographique, dans les hautes terres de la vallée, Wamena n’est accessible qu’en avion. Elle se trouve à environ 45 minutes de Jayapura, la capitale de la province. Desservie régulièrement par des vols venant des plus grandes villes de l’archipel. Je suis partie depuis Sorong, une ville située à l’extrême Ouest de la Papouasie (je rentrais de Raja Ampat, je t’en parle ici). Les vols, programmés uniquement le matin, coûtent entre 20 et 80 €. Le site Nusatrip.com, l’équivalent de Skyscanner pour les vols domestiques en Indonésie sera ton allié pour trouver tes billets d’avion !

Que faire à Wamena ?

Initialement, je voulais faire un trek sur plusieurs jours pour découvrir les paysages époustouflants de la vallée de Baliem et partager quelques jours la vie avec l’habitant (dormir dans un gîte, faire du feu naturel) pour mieux m’imprégner de leur culture et savoir faire ancestral.

Contre toute attente, le guide s’est opposé à cette excursion étant donnée l’hostilité manifeste dans cette région où sont parsemés des zones de conflit tribal. S’y aventurer seule était un risque à ne pas prendre. Pratiquer la randonnée le temps de rencontrer les Dani et d’y découvrir les paysages de la région n’était donc pas envisageable !

Mais qu’est ce que je peux bien faire à Wamena et sa région sans risquer ma peau ?

1.        Prendre de la hauteur

Quelques heures après mon arrivée dans cette ville déserte, je décide de sortir de l’hôtel piteux dans lequel je me retrouvais pour me délecter dans les ruelles de cette ville si peu connue. Pas bien grande, et pas grand chose à voir. Je m’arrête à une gargote pour y déjeuner. Et je fais la rencontre de jeunes hommes qui m’aident désespérément à exprimer mes envies culinaires au serveur. Etant donné qu’ils baragouinaient l’anglais, nous avons vite établie un dialogue. Ils me vantaient la vue imprenable qu’ils ont dès qu’on prend un peu de hauteur sur la ville de Wamena. Je leur ai demandé s’ils pouvaient m’emmener à cet endroit et ils ont dit oui !

Une rue à Wamena Papouasie occidentale, Indonésie.

A moins de trente minutes de Wamena en voiture, on arrive à la colline de Napua à trois mille mètres d’altitude. On a dû traverser quelques villages et non sans crainte (Vitres fermées, musique éteinte) pour y arriver. Il faut savoir que les populations locales sont armées. Le sabre porté à la main, et à l’usage multiple, m’aura marqué !  Une fois arrivée, on est déconnecté de tout. Une vue imprenable sur Wamena entourées de montagnes vertigineuses s’offre à toi. Si t’as de la chance, tu pourras même apercevoir un arc en ciel pour venir planter ce décor sans nom !

Vue imprenable depuis la Colline de Napua. Papouasie occidentale, Indonésie.

2.        Assister à l’inauguration d’une église

A contrario, en restant à Wamena, j’ai eu la chance d’assister à l’inauguration d’une église protestante « GIDI » à quelques pas de l’hôtel où je logeais. Un mal pour un bien. Tu me diras, relax ce n’est que l’inauguration d’une église !

Oui mais chez les papous, l’inauguration de « GIDI » rime avec la fête aux cochons ! Plus sérieusement, la fête du cochon se déroule lors d’occasions particulières, notamment pour les mariages ou les crémations. Mais aussi lors d’évènements religieux. Ainsi, l’ensemble de la communauté protestante (principalement des mélanésiens) se réunit pour partager un repas composé de cochons et de patates douces.

Fête du cochon lors de l'inauguration d'une église à Wamena, Papouasie occidentale, Indonésie.

La fête du cochon

Tout le monde prête main forte à l’élaboration de ce festin mythique. Je ne t’avais pas précisée que ce festin est préparé à l’étouffée durant de longues heures. D’abord, les hommes font un grand feu afin de pouvoir chauffer les pierres qui serviront à la cuisson. Au centre d’un trou, des pierres encore brûlantes sont disposées et recouvertes de feuillage et des aliments. Durant la cuisson, des boissons chaudes (café/thé) sont distribuées pour faire patienter les plus gourmands. Par contre, l’alcool est interdit à la consommation en Papouasie occidentale (excepté à Raja Ampat, et ça coûte un bras !). Je te laisse deviner pourquoi ?

Aussi, chants et danses sont à l’honneur pour divertir ce peuple intriguant à plus d’un titre. Une charmante dame à la jupe en herbe colorée portant une remarquable couronne en plume, m’a convié à danser avec elle sur le rythme endiablé (guitare artisanale et un autre instrument dont j’ai oublié le nom) d’une musique envoutante. Je n’ai pu refuser. L’ambiance était au RDV et la musique enivrante.

Danses et chants traditionnels papous, Wamena. Papouasie occidentale, Indonésie.

Si tu pars à Wamena, n’hésite pas à demander aux locaux ou à la réception de ton hôtel, les jours de festivités. Tu pourras vivre une expérience unique ! J’ai échangé avec tout un groupe de femmes qui m’ont convié à m’asseoir avec elles. J’ai pu leur poser pleins de questions sur leurs coutumes et leurs traditions. D’ailleurs, j’ai beaucoup appris. J’en profite pour les saluer et les remercier encore pour l’accueil chaleureux. Elles m’ont bien pouponné. M’ont tressé les cheveux (moi qui adore les tresses africaines) et offert des bijoux artisanaux (bague et bracelet en bambou tissés). Bref, un moment de partage et de convivialité comme on les aime … et qu’on n’oublie pas.

Portrait d’une femme papou, Wamena. Papouasie occidentale, Indonésie.

3. Visiter les villages avec leurs maisons traditionnelles typiques

Depuis l’hôtel où je me trouvais, j’ai pu mettre la main sur un guide (celui qui m’a dissuadé de faire le trek sur plusieurs jours) le temps d’une journée d’immersion à Wamena et ses alentours. Mais je n’aurais pas du ! Je t’explique plus loin pourquoi.

Nous sommes allés visiter des villages voisins à Wamena et encore accessibles sans réel danger. Après avoir emprunté, un bus, une mototaxi et une bonne trentaine de minutes de marche, je découvre un village au cœur d’une nature verdoyante, encore restée à l’état sauvage. Au milieu de ce paysage spectaculaire, la majorité des Dani vivent en symbiose avec la nature. Ils s’attèlent à la culture de la patate douce dans leurs jardins et à l’élevage de porcs. Et vivent dans des huttes circulaires au toit de chaume, appelées ‘’Honai’’.

Village nichée dans la vallée de Baliem. Papouasie occidentale, Indonésie.

Avec la présence du guide et l’amabilité des locaux rencontrés sur place, j’ai pu visiter ces maisons. Ce peuple souvent connu pour sa méfiance est pourtant facile d’approche. J’ai même eu droit à des explications sur leurs modes de vie.

Maison traditionnelle « honai », vallée de Baliem. Papouasie occidentale, Indonésie.

Model architectural des maisons traditionnelles à Wamena

Au cœur de cette végétation luxuriante, toutes les maisons sont bâties sur un même model architectural et avec une précision fonctionnelle remarquable. On peut voir au loin les « sili » (ensemble de construction entouré par une clôture de bois et accessible depuis une seule porte). Chacune de ces constructions est bâtie individuellement autour d’une cour centrale, appelé « silimo ». Les « honai » sont les maisons rondes du « sili ». Un mur tissé de bambou habit l’intérieur de ce gîte. L’extérieur est vêtu de bois et d’une porte. Le sol quant à lui, est généralement fait de terre couverte d’herbe séchée.

Selon leur mode d’occupation, il existe deux types de « honai ». Les « pilamo », gîte réservé aux hommes uniquement. Et les « umah » les chambres (à coucher) des femmes. Les hommes et les femmes vivent séparément dans ces maisons traditionnelles. Habituellement les hommes dorment seuls dans les Honai situés dans l’aile gauche de la maison, et les femmes sont réparties dans différentes Honai à l’autre extrémité de la maison. Évidement, les femmes n’ont pas accès au Honai de l’homme. Tandis que l’homme peut s’inviter dans l’un des Honai de ses épouses. Eh ouiii, la polygamie n’est pas exclusive aux musulmans et africains !!!

Habitat traditionnel « sili » des papous de la vallée de Baliem. Papouasie occidentale, Indonésie.

4.        Visiter le marché de Wamena

Wamena est aussi réputée pour son marché traditionnel ’’Pasar Jibama’’ où de nombreuses tribus, notamment les Dani, se retrouvent pour échanger leurs produits agricoles et artisanaux. Visiter cet endroit te permettra de découvrir et de t’immerger dans le quotidien de ces peuples. Tu y verras des étals de toutes les couleurs aux produits surprenants. Des fruits et légumes atypiques côtoient des objets ethniques, notamment le célèbre « Noken ». Il s’agit d’un sac robuste (en fibre d’écorce) aux couleurs attrayantes et à la forme bien particulière. Multifonctionnel, ce sac sert principalement aux femmes, mais aussi aux hommes, à transporter leurs biens (patates, bois…, et même les bébés). C’est l’équivalent du panier en osier ! Sauf que le noken peut aussi se porter à l’occasion de fêtes traditionnelles.

Marché traditionnel ’’Pasar Jibama’’ de Wamena, Papouasie occidentale, Indonésie.
Marché traditionnel ’’Pasar Jibama’’ de Wamena, Papouasie occidentale, Indonésie.

5.      Découvrir la vallée de Baliem

  • Le temps d’une journée

Pour celles et ceux qui viennent à plusieurs à Wamena, n’hésitez pas à louer un véhicule avec chauffeur (Internet c’est pas encore leur fort) pour 2. 500 000 Rp, l’équivalent de 150€. Vous serez plus libres de vos mouvements, et vous découvrirez d’avantage la région à votre rythme et à moindre prix. Vous pourrez notamment découvrir le lac Habema, à plus de 3000 mètres d’altitude avant de vous extasier devant les cascades de MBua le temps d’une journée.

  • Trek de 2 jours

Vous pouvez également opter pour un trek de deux jours/une nuit où vous dormirez chez l’habitant dans un gite traditionnel ‘’Honaï’’ dans le village de Kelise (il faudra débourser entre 150000 et 200000 Rp, l’équivalent de 11€ par personne pour la nuit). En prime, vous assisterez à la fête du cochon où vous vous étonnerez de voir avec quelle facilité ce peuple arrive à vivre avec des outils rudimentaires.

  • Trek de 4 jour

Pour un trek de 4 jours, il vous faudra débourser pas moins de 300€. Entre cinq à sept heures de marche par jour sur des sentiers à travers des forêts pluviales à la flore exceptionnelle (avec un peu de chance, tu pourras apercevoir des oiseaux du paradis). Tu traverseras de nombreux villages où vivent les tribu Dani connus pour leurs rites fascinants. Plusieurs activités sont prévues dans les villages, notamment la préparation du « sagou » (féculent extrait du sagoutier) et la confection d’objets artisanaux. Tu pourras même assister à des danses et rituels shamaniques.

Où loger ?

Oublie les auberges et les prix cassés que t’as pu connaître ailleurs en Indonésie et plus largement en Asie. Ici, tu ne débourseras pas moins de 20€ pour dormir dans une chambre rudimentaire avec des draps pas toujours propres, un matelas qui sent l’humidité à plein nez, des moisissures sur les murs et une salle de bain composée essentiellement d’un seau pour te laver. Je ne t’apprends rien en te disant que je n’ai pas fermé l’œil de la nuit ! J’étais dans un hôtel local dont je ne me souviens plus le nom aux bruits étranges la nuit, avec une réception qui ne parle pas un mot d’anglais (difficile d’échanger) et des clôtures hautes de deux mètres pour protéger le lieu qui n’est plus accessible après 21 heures. En clair, c’est le couvre feu ! Pas très rassurant.

Déterminée à trouver un autre hébergement où loger les prochains jours et qui propose des services (Guides, activités, etc). Je finis par trouver un hôtel Baliem Pilamo hotel au standing très simple pour 25€ la nuit avec petit déjeuner. La réception parle anglais et propose : excursions, itinéraires, guides, … de quoi ravir les plus désespérés.

Sache que booking ne propose pas ou peu d’hébergement à Wamena, réserve donc ton hôtel depuis trip advisor à l’avance pour éviter les mauvaises surprises !

Est-il intéressant de prendre un guide ?

Si tu ne comptes pas faire de trek et que tu n’es pas une fille, seule, INUTILE de faire appel à un guide local. Tu ne payeras pas moins de 1. 000 000 Rp, soit 60€ pour une journée qui ne mérite pas un guide. Evite donc l’arnaque !

Les locaux que tu croiseras t’apprendront davantage sur le mode de vie des papous de cette région. Bien qu’ils ne parlent pas souvent anglais, les locaux sont aimables et sauront certainement te renseigner.

Pour te déplacer, tu as le choix selon la distance et ton budget entre un taxi, une mototaxi ou même un bus (entre 5000 et 150000 Rp, 0,30€ à 10€).

À noter !

En arrivant à Wamena, je découvre rapidement une ville au climat hostile. J’ai d’ailleurs dû écourter mon séjour ! Je n’avais pas connaissance que je venais d’atterrir sur un terrain miné. Que le danger était au coin de la rue. Il semblerait que les tensions entre Dani et les immigrants indonésiens font périodiquement irruption dans la violence. Selon la période et le nombre de personnes, l’excursion sur plusieurs jours à la vallée de Baliem peut être envisagée. Si, par contre tu es seul et que le guide te dissuade vivement. Ne rechigne pas !

Voyager/explorer c’est bien, rester en vie, c’est mieux !

Traveltips-Auteur

Sissi

Fondatrice de Sissi Traveltips & Consultante en marketing digital. Aime l'aventure, les gens, les mots et les plats épicés.

2 comments

    • Sissi 19 octobre, 2020 at 08:56 Répondre

      Justement, on a pas besoin d’être doué(e) pour voyager (ça veut dire quelque chose dans ce contexte ?) !
      Selon moi, il faut une bonne dose de volonté, une grande ouverture d’esprit, de la curiosité …pour voyager et je l’ai fait !
      Partage-nous plutôt ton expérience, il semblerait que tu sois doué pour ce genre de voyage, ce serait surement plus profitable que tes critiques infondées 😉

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